Château de Rochebonne – Theizé (69)

Histoire et architecture

Héritages et transformations

Situé sur les hauteurs de Theizé, village en pierres dorées niché au cœur du Rhône (69), le château appartient à la commune depuis les années 1970.

A l’origine, château fort édifié aux XIIe et XIIIe siècles, le château de Rochebonne à traversé les siècles pour aujourd’hui présenter cette façade d’honneur de style classique alors à la mode sous Louis XIV au XVIIe siècle. On doit la plupart des transformations du château aux Châteauneuf de Rochebonne, seigneurs ayant habités les lieux du XVIe au XVIIIe siècle. 

À l’est, la façade d’apparat se compose d’un corps de logis médiéval flanqué de deux tours rondes. Aux XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles, l’édifice s’est enrichi de deux ailes en retour d’équerre, formant un ensemble en U ouvert à l’ouest sur une cour intérieure. Les élévations se déploient sur quatre niveaux, rythmés par des ouvertures alignées en travées régulières. Celles du dernier étage, plus réduites, correspondent aux combles. Un petit bâtiment, ajouté au XVIIIᵉ siècle sur le flanc sud de la façade est, se distingue par ses trois niveaux et ses trois travées d’ouvertures.

Du moyen-âge à nos jours

De gueules à trois tours donjonnées d'or, maçonnées de sable.

Édifié aux XIIᵉ et XIIIᵉ siècles, le château appartient à l’origine au Chapitre de Saint-Jean de Lyon. Démantelé en 1363 par les chanoines-comtes lyonnais pour éviter qu’il ne tombe aux mains de compagnies de pillards, il est reconstruit au milieu du XIVᵉ siècle, tandis que sa chapelle est agrandie au XVIᵉ siècle.

Le château de Rochebonne appartient ensuite à la seigneurie d’Oingt, qui possède également le château d’Oingt et plusieurs autres domaines dans la région.

 

Guichard III, le dernier héritier de la puissante seigneurie d’Oingt, meurt prématurément sans laisser de descendance directe. La seigneurie est alors partagée entre ses deux sœurs, Alix et Marguerite. Alix épouse Étienne de Fougères. C’est ainsi que, vers 1354, par son union avec Alix, Étienne de Fougères hérite d’une partie des biens seigneuriaux, dont les terres et les droits associés.

 

À partir des XIVᵉ et XVᵉ siècles, la famille des Fougères fait de Theizé un centre incontournable du Beaujolais médiéval. Ils ont notamment financé la construction du chœur de style gothique flamboyant de la vieille église, témoignage de leur influence grandissante. Alors seigneurs d’Oingt, les Fougères commencent également à se proclamer seigneurs de Theizé, et font du château de Rochebonne leur principale résidence, renforçant ainsi l’importance politique du village.

Le dernier héritier des Fougères est Claude de Fougères, et sa fille Huguette devient héritière du domaine. Elle épouse Pierre de Châteauneuf de Rochebonne en 1579. La famille des Châteauneuf de Rochebonne, issue du territoire ardéchois, donne son nom au château.

La famille des Châteauneuf de Rochebonne possède le château jusqu’au XVIIIᵉ siècle.

 

Au XVIIᵉ siècle, Charles de Châteauneuf, marquis de Rochebonne, épouse Thérèse d’Adhémar de Grignan, belle-sœur de la fille de Madame de Sévigné. Cette dernière, connue pour sa correspondance avec sa fille, séjournera fréquemment au château de Rochebonne lorsqu’elle lui rendra visite en Provence. C’est à ce moment que la famille décide d’entamer de grandes transformations du château pour en faire un lieu de plaisance, lui apportant ainsi plus de confort et le mettant au goût du jour selon les normes de goût de l’époque de Louis XIV.

 

Devenu bien national en 1792 après la Révolution, l’édifice est pillé au début du XIXᵉ siècle, avant d’être vendu à des propriétaires privés qui le morcellent et l’adaptent pour accueillir plusieurs familles.

 

Face à ce déclin, la commune de Theizé intervient en 1974 et engage des travaux de restauration d’urgence. Elle mobilise des chantiers de jeunes bénévoles, sous la direction de Jean-Gabriel Mortamet, architecte en chef des Monuments historiques (ACMH), qui appuie la protection du château. S’ensuivent de nombreuses initiatives collectives et bénévoles pour préserver l’édifice.

Malgré ces efforts, le temps a laissé son empreinte, et le château est aujourd’hui en péril. Des travaux de sauvetage urgents s’imposent.

Les décors peints néoclassiques

Certaines pièces du château conservent de remarquables décors, dont certains, altérés par le temps, nécessitent une restauration. Malgré leur état, ils contribuent pleinement à la majesté des lieux.

C’est notamment le cas de la grande salle, dite « salle d’armes ». Ses murs sont ornés d’un somptueux décor en trompe-l’œil, simulant une galerie ouverte par une double arcade : trois arcs sur la longueur, deux sur la largeur. Ces arcs retombent sur des piliers décorés de colonnes jumelées. Au centre des arcades se dresse un pilastre cannelé à chapiteau ionique, orné en son milieu d’un vase à godrons agrémenté de guirlandes. L’ensemble est surmonté d’un entablement et d’une frise également décorée de guirlandes.

Réalisés dans la seconde moitié du XVIIIᵉ siècle, ces décors ont été étudiés et consolidés en 1988 par l’atelier de restauration et conservation des objets d’art (ARCOA). À cette occasion, des peintures datant de la seconde moitié du XVIIᵉ siècle ont été découvertes sous la fresque actuelle.

Classée au titre d’objet des monuments historiques le 11 avril 1988, cette œuvre nécessite aujourd’hui une attention particulière pour assurer sa préservation.

La frise Renaissance

Un autre décor peint, plus ancien, se situe dans la Grande salle au deuxième étage. Il s’agit d’une frise en trompe-l’œil imitant un entablement de temple antique, datant de 1540. Elle s’étend sur les quatre murs de la pièce, jusque dans la tour nord.

 

Alors en pleine période de la Renaissance en France, on est fasciné par tout ce qui touche, de près ou de loin, à l’Antiquité gréco-romaine. Son architecture, ses sculptures, sa philosophie inspirent de nombreux artistes en Europe.

 

Cette peinture murale présente donc des décors de rinceaux et des motifs végétaux, tout en imitant un entablement d’un temple antique qui pourrait, par ailleurs, nous faire penser à l’Ara Pacis, ou « Autel de la Paix », édifié par le premier empereur romain, Auguste, entre 13 et 9 av. J.-C.

 

Par endroits, il est possible de distinguer des créatures fantastiques, comme des griffons ou des dragons, notamment dans la tour nord, où une partie de la frise a été restaurée. Cette peinture est un rare exemple de la transition entre un art médiéval et un art renaissant dans la région du Beaujolais.

L'inscription monument historique

Le 21 décembre 1984, le château fait l’objet d’une première inscription partielle au titre des monuments historiques. Sont alors protégés :

– Les façades et toitures du château, y compris les anciens escaliers extérieurs ;

– L’ancien vestibule et son décor ;

– Le grand escalier avec sa cage et sa rampe à balustres,

– Les façades et toitures des communs.

Le 17 octobre 2023, cette protection est étendue à l’ensemble du château, reconnaissant ainsi pleinement la valeur patrimoniale du site.

Retour en haut